Vers un renforcement des systèmes d’innovation

Leçons tirées du dialogue politique sur l’innovation

Les politiques et pratiques fructueuses en matière d’innovation sont liées à l’histoire, aux caractéristiques sociales et aux comportements propres à chaque nation. Néanmoins, les diffuser peut stimuler l’émergence de nouvelles idées et de nouvelles méthodes au-delà des frontières nationales. Voilà la principale leçon tirée de la conférence Maximiser le système d’innovation au Canada : Points de vue de l’étranger organisée par Universités Canada à Ottawa en octobre 2014.

La conférence rassemblait de brillants chefs de file du milieu de l’enseignement supérieur du Canada, de l’Allemagne et d’Israël afin d’explorer les politiques nationales en sciences, technologie et innovation dans le but de tirer des leçons pour renforcer le système d’innovation canadien. L’Allemagne et Israël figurent parmi les économies les plus novatrices du monde. Tous deux font preuve d’excellence en recherche et en innovation, ont adopté de solides pratiques de collaboration entre le milieu universitaire et l’industrie et se démarquent dans le domaine de la haute technologie.

La recherche fondamentale est essentielle

Les participants à la conférence ont affirmé que la recherche axée sur la découverte et stimulée par la curiosité était essentielle à l’innovation. Les universités et organismes de financement ne devraient pas choisir entre la recherche appliquée et la recherche fondamentale, car les deux sont nécessaires pour soutenir l’écosystème d’innovation. Comme Yaacov Michlin, président de Yissum, la société de transfert technologique de l’Université hébraïque de Jérusalem, l’a fait remarquer : « Le rôle de l’université consiste à faire de la recherche fondamentale et de la recherche qui profitera à la société. Il n’y a aucun problème à faire les deux. »

« Il faut non seulement avoir assez de chercheurs axés sur l’industrie, mais aussi soutenir suffisamment la recherche fondamentale afin d’équilibrer les deux sources d’innovation. »

Les participants allemands et israéliens ont indiqué que la population et les gouvernements stimulaient la prospérité économique de leur pays en soutenant l’excellence scientifique et la recherche fondamentale. Chaque pays finance massivement la recherche fondamentale qui peut mener à l’innovation porteuse de changements – et chaque pays fait preuve d’une innovation qui mène à de grandes avancées commerciales.

Les étudiants sont indispensables à l’innovation

Un thème de discussion important s’est dégagé de la conférence : les efforts grandissants que consacrent les universités et l’industrie à tirer parti du potentiel des étudiants en tant qu’agents de transfert de technologie, de transmission du savoir et d’entrepreneuriat. Comme chercheurs, stagiaires et diplômés, les étudiants de toutes les disciplines, y compris des sciences sociales et humaines, ont une valeur pour l’industrie, car ils sont source de créativité.

Parce que les étudiants d’aujourd’hui connaissent bien l’entrepreneuriat et s’y intéressent de plus en plus, les universités offrent des programmes et des incubateurs pour entrepreneurs, favorisent le mentorat par les pairs et fournissent aux entreprises en démarrage des locaux sur leur campus.

Les universités israéliennes et allemandes offrent aux étudiants de nombreuses occasions d’interaction avec l’industrie et avec des professeurs expérimentés

« Le renforcement du capital humain par l’éducation représente la plus grande contribution des membres
d’Universités Canada à nos régions et à notre nation. La formation des étudiants constitue de loin la forme la plus importante de transfert de technologie. »

L’innovation exige de prendre des risques et d’être créatif

Les grandes découvertes scientifiques ne peuvent être planifiées. Elles se produisent lorsque des gens créatifs ont la liberté d’explorer de nouvelles idées. Cette constatation, les participants à la conférence en ont convenu, souligne le besoin de mettre sur pied des programmes de recherche et des structures institutionnelles qui permettent l’adoption de méthodes novatrices et encouragent les chercheurs à prendre des risques.

Ces principes sous-tendent les démarches distinctives de financement de la recherche d’Israël et de l’Allemagne. Les Israéliens financent un grand éventail d’activités de recherche appliquée et de commercialisation tout en sachant que certaines se solderont par une réussite et que bon nombre s’avéreront des échecs.

Toutefois, ils considèrent l’échec comme productif. En Allemagne, la démarche adoptée par la Deutsche Forschungsgemeinschaft (fondation allemande pour la recherche) pour le financement de la recherche n’impose ni frontière liée à la discipline, ni quota, ni date d’échéance pour la soumission des projets, et ce, dans le but de financer les meilleures idées à mesure qu’elles émergent.

« Il faut laisser place aux heureux hasards en recherche, parce qu’on ne peut prévoir où se feront les percées. »

La recherche multidisciplinaire est à la fine pointe des pratiques actuelles

L’innovation provient de plus en plus des équipes de recherche interdisciplinaires, pas seulement en sciences naturelles et en génie, mais aussi en sciences sociales et humaines. Pour cette raison, les universités créent sur leurs campus une culture et des programmes et prévoient des locaux qui favorisent la collaboration entre les disciplines. Ces collaborations doivent dépasser les frontières des campus pour inclure les collectivités locales, régionales et internationales dans les partenariats.

Selon le recteur de l’Université de Tel-Aviv, Joseph Klafter, l’interdisciplinarité est un mandat d’établissement : « Nous sommes déterminés à nous ouvrir à des combinaisons audacieuses d’idées et à abolir toute frontière entre les disciplines. » En Allemagne, « les entreprises recherchent les meilleurs candidats en sciences humaines pour encourager le travail d’équipe et les perspectives transdisciplinaires », a souligné le président de la conférence des recteurs allemands, Horst Hippler.

« La prochaine révolution scientifique sera menée par des chercheurs qui auront une vision multidisciplinaire de la science, une liberté de pensée et de prendre des risques. »

Collaboration entre les universités et l’industrie

Les participants ont aussi convenu du fait que l’excellence des écosystèmes d’innovation allemand et israélien était grandement attribuable à l’importance de la collaboration entre les universités et l’industrie dans ces pays. Le mentorat dans l’industrie et l’échange d’information avec des membres de l’industrie permettent aux chercheurs universitaires de connaître les besoins en recherche appliquée; des collaborations novatrices émergent lorsque les domaines présentant des avantages et des éléments communs sont définis.

« L’interaction entre personnes de l’industrie et personnes du milieu universitaire est essentielle à l’innovation. »

Il importe de noter que ni les universités israéliennes ni les universités allemandes n’offrent de récompense ou d’incitatif ciblé aux chercheurs qui collaborent avec l’industrie. Les chercheurs sont libres de se concentrer sur la recherche fondamentale ou appliquée, et les cultures, pratiques et relations soutiennent dans une très forte mesure la recherche appliquée et la collaboration.

Adapter les leçons tirées de l’étranger avec créativité

Un point saillant de la conférence a été l’intervention de Manuel Trajtenberg, ancien président du comité de planification et d’élaboration du budget du conseil de l’éducation supérieure d’Israël, qui a parlé du potentiel du Canada en innovation.

Tout en reconnaissant que les politiques ne peuvent pas simplement être transférées telles quelles d’un pays à un autre, il a conseillé vivement au Canada de « libérer le génie entrepreneurial » en suivant l’exemple d’Israël et à créer des établissements qui laissent les meilleurs et les plus brillants faire preuve d’innovation en étant ouverts au changement et en inculquant aux jeunes une attitude dynamique.

Le Canada possède les éléments nécessaires pour devenir un chef de file mondial de l’innovation. Par des forums comme celui-ci, les décideurs peuvent élaborer des politiques et des programmes qui tireront mieux parti de nos atouts. Universités Canada est impatiente de rassembler de nouveau des experts internationaux de la recherche et de l’enseignement supérieur dans sa série de dialogues politiques.

« C’est le moment ou jamais d’exploiter nos atouts et d’imaginer de nouvelles possibilités. Nous pouvons accomplir de grandes choses grâce à la collaboration, sur la scène nationale et internationale. »

Universités Canada tient à transmettre ses remerciements sincères à l’Ambassade de la République fédérale d’Allemagne et à l’Ambassade d’Israël pour leur appui inestimable dans le cadre de cette conférence.

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