La recherche fondamentale : imprévisible, mais essentielle

18 novembre 2017
Nouvelles

Cet article d’opinion a paru dans l’Edmonton Journal le 18 novembre 2017 et le Lethbridge Herald le 21 novembre 2017

Par Mike Mahon, président du conseil d’administration d’Universités Canada et recteur de la University of Lethbridge; Elizabeth Cannon, présidente sortante du conseil d’administration d’Universités Canada et rectrice de la University of Calgary; David Turpin, membre du conseil d’administration d’Universités Canada et recteur de la University of Alberta

D’où surgira la prochaine découverte révolutionnaire? Comment bouleversera-t-elle nos vies? Impossible de le dire. Nous savons cependant où elle prend racine : dans l’esprit curieux d’un chercheur qui explore des idées et des théories novatrices.

La recherche fondamentale, sans but immédiat, est à la base de toute grande invention et de tout virage économique important. Elle est risquée et imprévisible, mais notre avenir en dépend.

Publié au printemps de 2017, le rapport sur l’examen du soutien fédéral aux sciences a confirmé nos craintes quant au recul marqué de la compétitivité du Canada sur le plan de la recherche.

Lorsque nous tentons de trouver comment transformer les innovations en produits et services commercialisables, nous bénéficions de l’appui de programmes et d’organismes gouvernementaux comme le Plan pour l’innovation et les compétences du Canada et Alberta Innovates. En plus de stimuler l’innovation, ces initiatives contribuent à faire du Canada un chef de file mondial. Elles renforcent également la capacité des universités à former une main-d’œuvre hautement qualifiée dans des secteurs émergents.

Il ne faut cependant pas perdre de vue l’importance du financement de la recherche fondamentale, point de départ de toutes les grandes percées.

L’innovation est alimentée par des gens curieux qui posent des questions difficiles. Des années de recherche scientifique sont généralement nécessaires pour trouver des réponses. Souvent, les chercheurs trouvent des solutions à des problèmes dont ils ignoraient même l’existence.

C’est le cas d’Ian Gates, professeur d’ingénierie à la University of Calgary, qui se demandait s’il était possible d’améliorer le raffinage des sables bitumineux. Les expériences de son équipe ont mené à une découverte qui semblait à première vue inutilisable : des granules de bitume, dont la taille varie de la balle de golf à la pilule. Mettant ses résultats de côté, M. Gates est passé à autre chose.

Puis, constatant les difficultés des pétrolières à construire des pipelines, il a vu dans sa découverte un moyen de transporter de façon sécuritaire et à peu de frais le pétrole de l’Alberta par voie ferroviaire. Les granules de bitume réduisent grandement le risque de déversement et de dommages à l’environnement. Le professeur a fait breveter sa découverte, s’est associé à Innovate Calgary pour la commercialiser, et en dirige la mise en œuvre cet automne.

Des découvertes inattendues semblables en sciences humaines peuvent produire d’immenses retombées sociales qui améliorent notre façon de vivre, de travailler et d’apprendre.

En 2014, le gouvernement de l’Alberta a eu recours à l’Instrument de mesure du développement de la petite enfance (IMDPE) pour évaluer la préparation des enfants à la maternelle. L’étude a révélé que les petits Albertains se situent sous la moyenne canadienne. Parallèlement, Robbin Gibb, Claudia Gonzalez, Noella Piquette et une équipe interdisciplinaire en neuroscience, en kinésiologie et en éducation de la University of Lethbridge ont découvert un lien entre les habiletés cognitives et la préférence pour une main pour attraper des objets.

Les enfants qui préfèrent utiliser une main plutôt que l’autre ont une meilleure maîtrise cognitive de leurs comportements. Leurs capacités de réception et de production du langage sont également supérieures. Ces découvertes ont mené à la création d’un programme désormais offert dans les classes de prématernelle et les garderies du sud de l’Alberta afin d’améliorer la fonction exécutive des enfants par l’activité physique. L’objectif? Mieux préparer les enfants pour la maternelle et l’école.

À l’annonce d’une découverte, on se demande parfois à quoi elle pourra servir. En réalité, la recherche fondamentale ne contribue pas toujours immédiatement à la prospérité économique ou au bien-être physique. Le processus de découverte est souvent progressif.

Dans les années 1950, le physicien japonais Leo Esaki a été le premier à observer un phénomène électrique appelé « résistance différentielle négative ». Cette découverte a mené à la création de la diode à effet tunnel, le tout premier dispositif d’électronique quantique. Trop imprévisible, elle n’a jamais atteint son plein potentiel commercial. Du moins, jusqu’à maintenant.

Plus tôt cette année, le physicien Robert Wolkow et son équipe de la University of Alberta ont déterminé la structure atomique qui génère la résistance différentielle négative et trouvé comment maîtriser et reproduire l’effet à l’intérieur des atomes. Ils ont mis au point des techniques pour concevoir des circuits électriques de la taille d’un atome. Ces découvertes, qui s’appuient sur des décennies de recherche fondamentale, ont le potentiel de révolutionner l’électronique grâce au développement commercial d’ordinateurs quantiques ultrarapides à faible consommation d’énergie.

La curiosité et la recherche comptent. Lorsque des chercheurs collaborent avec des entrepreneurs et des partenaires industriels, les découvertes se transforment en innovations techniques, en données qui alimentent d’autres études, en solutions à des problèmes épineux, en emplois et en une multitude d’autres retombées sociales et économiques.

C’est pourquoi nous devons investir de manière générale dans la recherche fondamentale. Il ne s’agit pas de faire de la recherche pour faire de la recherche, mais de stimuler l’exploration humaine pour le bien de tous.

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Catégorie :  Recherche et innovation

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