L’avenir sera interdisciplinaire

3 novembre 2017
Nouvelles

Cet article d’opinion a paru dans le Hill Times le 3 novembre 2017

par Daniel Woolf, recteur, Queen’s University

Étant donné la complexité des enjeux sociaux, politiques, environnementaux, économiques et technologiques de notre monde, aucun pays ne pourra bientôt plus se passer de la recherche interdisciplinaire.

Considérée au départ comme un simple atout, la recherche interdisciplinaire – les études auxquelles participent des chercheurs de diverses disciplines – est devenue une nécessité au cours des 20 dernières années. Aujourd’hui, étant donné la complexité des enjeux sociaux, politiques, environnementaux, économiques et technologiques de notre monde, aucun pays ne pourra bientôt plus s’en passer.

Le Canada possède les compétences, le talent et la capacité d’être un chef de file international en matière de recherche et d’innovation. Saisir cette occasion exigera des efforts concertés et le soutien sans équivoque du gouvernement envers la recherche interdisciplinaire et la recherche traditionnelle reposant sur une seule discipline. C’est précisément ce qu’a reconnu le printemps dernier l’examen du soutien fédéral aux sciences dont le rapport réclame clairement un soutien accru à la recherche dans toutes les disciplines. Les auteurs du document ont estimé que les organismes subventionnaires de la recherche avaient certes fait des efforts à cet égard, mais qu’il fallait faire davantage pour favoriser la recherche interdisciplinaire.

Pourquoi, exactement? Parce que ce type de recherche expose les spécialistes d’un domaine à d’autres perspectives et modes de réflexion. Elle remet en question les principes établis et stimule la créativité et l’innovation. Les disciplines universitaires se comparent de bien des manières à des maisons; en recherche unidisciplinaire tout se fait « à la maison ». Personnellement, j’aime sortir de la maison de temps en temps, parler aux gens et connaître d’autres points de vue.

En recherche, « sortir de la maison » est devenu essentiel, car les problèmes auxquels nous sommes confrontés dépassent les frontières, les divisions culturelles et les limites des champs de connaissances. Prenons les changements climatiques, par exemple. Le problème n’est pas seulement environnemental; il a d’immenses répercussions économiques et sociales. Comment pouvons-nous tenter d’atténuer les changements climatiques sans nous soucier de leur incidence sur les collectivités locales et les peuples autochtones?

La technologie est un autre bon exemple. La montée de l’« Internet des objets » et les progrès de l’intelligence artificielle soulèvent tous deux des questions que nous n’avions jamais posées – des questions qui ne sont pas uniquement de nature technique, mais aussi de nature éthique, juridique et sociologique.

Dans tous ces cas, l’« interdisciplinarité » ne se limite pas aux sciences pures,  elle concerne aussi les sciences humaines. Se limiter aux sciences, à la technologie, au génie et aux mathématiques, c’est mettre de côté d’énormes capacités intellectuelles. C’est ce que quelqu’un comme Steve Jobs, par exemple, a compris intuitivement. L’entreprise Apple est ce qu’elle est aujourd’hui parce qu’il a su combiner l’excellence en génie à la compréhension des interactions humaines.

La valeur de la recherche en sciences humaines n’est pas toujours facile à quantifier même si son absence est vivement ressentie, comme ce fut le cas lors de la mise en marché du vaccin contre le VPH il y a quelques années. Une recherche dans le domaine des sciences humaines pour comprendre comment la population pourrait percevoir le vaccin avant son dévoilement aurait pu renforcer les communications lors du lancement – et prévenir la résistance des parents qui croyaient que le vaccin favoriserait la promiscuité chez les adolescents, une préoccupation non fondée.

Certains champs de recherche font déjà régulièrement appel à la méthode interdisciplinaire. Les laboratoires où se côtoient biochimistes, biologistes, pharmacologues et autres spécialistes sont nombreux en sciences de la santé. Or, cette pratique doit être élargie.

À la Queen’s University, nous avons fait de la recherche interdisciplinaire une priorité, de notre programme menant à un grade en neuroscience et à nos centres et instituts qui réunissent des professeurs de divers départements. Le Dunin-Deshpande Queen’s Innovation Centre (DDQIC), qui forme des équipes de jeunes entrepreneurs de disciplines variées, témoigne de la puissance de la recherche interdisciplinaire. Le Centre a servi d’incubateur à l’entreprise Spectra Plasmonics, un projet d’entrepreneuriat étudiant qui a remporté le premier prix lors d’un concours international de présentation de plans d’affaires à Singapour cette année, devant 35 autres équipes.

Alors, que faudrait-il pour que le Canada accueille et soutienne davantage de recherche interdisciplinaire? Tout d’abord, que tous les ordres de gouvernement financent ce type de recherche. Les organismes qui administrent le financement doivent voir à ne pas imposer de conditions qui entravent la recherche interdisciplinaire en confinant les chercheurs à leur département ou qui laissent certains projets tomber dans les failles du système.

Au sein du milieu universitaire, nous avons l’occasion d’établir de nouveaux liens entre les disciplines et de créer des structures pour appuyer ce genre de projet.

Nous devons décider aujourd’hui comment envisager l’avenir. Greg Bavington, directeur général du DDQIC, pose souvent la question : « Quel genre d’équipe de hockey aurions-nous si nous n’avions que les meilleurs gardiens de but au monde, mais personne d’autre? » Il faut une équipe équilibrée pour atteindre un objectif commun.

L’avenir ne manquera pas de défis à relever et de possibilités à saisir – imprévisibles pour la plupart. Les progrès technologiques rapides, les questions géopolitiques et les changements climatiques mettront à l’épreuve notre capacité de réagir et de naviguer en eaux troubles. Les équipes de recherche interdisciplinaire sont le meilleur moyen de réagir à ces changements, d’innover, de saisir les nouvelles possibilités et d’améliorer la qualité de vie, ici et ailleurs.

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Catégorie :  Recherche et innovation

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