Le Canada doit libérer son « génie entrepreneurial »

23 février 2015
Nouvelles
Paul Davidson, président-directeur général, Universités Canada

La version originale de cet article d’opinion a paru en anglais dans The Hill Times le 23 février 2015.

Par Paul Davidson, président-directeur général de l’Association des universités et collèges du Canada

Partout dans le monde, les gouvernements tentent de percer les secrets de l’innovation – à quel moment se produit-elle, comment, et quels mécanismes la stimulent. Cette quête est inévitable, puisque l’innovation favorise la prospérité et la qualité de vie. Sans elle, la société et l’économie sont condamnées à stagner.

L’automne dernier, les universités canadiennes ont réuni des chefs de file israéliens, allemands et canadiens de l’innovation pour échanger au sujet des systèmes d’innovation de leurs pays respectifs et dans le but de renforcer le système du Canada.

L’Association des universités et collèges du Canada a invité des experts d’Israël et d’Allemagne, car ces pays figurent parmi les économies les plus novatrices au monde : ils font preuve d’excellence en recherche et en innovation, ont adopté de solides pratiques de collaboration entre le milieu universitaire et l’industrie et se démarquent dans le domaine de la haute technologie. Au cours du dialogue de deux jours, les discussions ont mis en évidence la culture d’innovation et de respect de la recherche qui favorise la réussite de ces deux pays.

Reconnue pour son esprit d’entreprise exceptionnel, la société israélienne est prête à prendre des risques pour réussir. Comme le signale Ruth Arnon, présidente de l’Académie israélienne des sciences et des lettres, « en Israël, de nombreuses jeunes entreprises sont financées même en sachant que peu d’entre elles réussiront. »

Enno Aufderheide, secrétaire général de la Fondation Alexander von Humboldt, avance pour sa part que l’Allemagne « comprend qu’il est essentiel de financer la recherche pour garantir sa prospérité. »

Bien que les participants au dialogue aient convenu que le processus d’innovation est complexe et qu’on ne peut se contenter de transférer les modèles d’un pays à l’autre, ils ont relevé des éléments communs à tous les systèmes d’innovation fructueux : un bon soutien de la recherche fondamentale, la participation des étudiants en tant que chercheurs, innovateurs et entrepreneurs, le soutien de la créativité et de la prise de risques en recherche, la collaboration multidisciplinaire, et de solides relations entre les universités et l’industrie. Ces éléments constituent les fondements d’une solide culture de l’innovation.

Il importe de préciser que, dans une telle culture, la recherche fondamentale tout comme la recherche appliquée sont jugées essentielles à la vitalité de l’écosystème d’innovation. Les participants étrangers ont souligné que les populations allemande et israélienne savent que la prospérité de leur pays est redevable aux investissements en recherche et en innovation.

Comment faire pour bâtir une culture de l’innovation semblable au Canada, à tous les échelons de la société?

Les étudiants et les jeunes chercheurs représentent une part importante de la solution. Les universités et l’industrie tirent de plus en plus parti du potentiel des étudiants en tant qu’agents de transfert de technologie, de transmission du savoir et d’entrepreneuriat. Les universités israéliennes et allemandes offrent aux étudiants de nombreuses occasions d’interagir avec l’industrie et avec des professeurs qui la connaissent bien. Au Canada, ces occasions se font graduellement plus nombreuses. À titre d’exemple, citons le Programme de formation orientée vers la nouveauté, la collaboration et l’expérience en recherche du Conseil de recherches en sciences naturelles et en génie, qui offre aux étudiants aux cycles supérieurs et aux chercheurs postdoctoraux une expérience à la fois à l’étranger et dans l’industrie.

Deux autres clés du succès : la prise de risques et le soutien à la créativité. Les grandes découvertes scientifiques ne peuvent être planifiées. Elles surviennent lorsqu’on donne aux gens créatifs la liberté d’explorer de nouvelles idées. Cette constatation, les participants à la conférence en ont convenu, souligne le besoin de mettre sur pied des programmes de recherche et des structures institutionnelles qui permettent l’adoption de méthodes novatrices et incitent les chercheurs à prendre des risques.

Ces principes sous-tendent les démarches distinctives d’Israël et de l’Allemagne en matière de financement de la recherche. Les Israéliens financent un grand éventail d’activités de recherche appliquée et de commercialisation tout en sachant que certaines seront réussies et que bon nombre échoueront. L’échec est toutefois considéré comme productif. En Allemagne, la démarche adoptée par la fondation allemande pour le financement de la recherche n’impose ni frontière liée à la discipline, ni quota, ni date d’échéance pour la soumission des projets, et ce, dans le but de financer les meilleures idées à mesure qu’elles émergent.

La réussite en matière d’innovation est aussi tributaire d’une démarche multidisciplinaire. En effet, l’innovation ne provient pas seulement des sciences naturelles et du génie, mais également des sciences sociales et humaines. Les universités canadiennes créent des cultures, des programmes et des espaces pour favoriser la collaboration interdisciplinaire. Cette collaboration doit maintenant dépasser les frontières des campus pour inclure les collectivités locales, régionales et internationales.

Le secteur privé a un rôle déterminant à jouer. L’excellence des écosystèmes d’innovation allemand et israélien est grandement attribuable à l’importance de la collaboration entre les universités et l’industrie dans ces pays. Le mentorat dans l’industrie et la diffusion d’information permettent aux chercheurs universitaires de connaître les besoins en recherche appliquée. Des collaborations novatrices émergent lorsque les domaines présentant des avantages et des éléments communs sont définis.

Quelles leçons le Canada peut-il tirer de ce dialogue? Manuel Trajtenberg, ancien président du comité de planification et d’élaboration du budget du conseil de l’éducation supérieure d’Israël, a reconnu qu’aucun pays ne peut simplement calquer des politiques étrangères. Il a cependant conseillé vivement au Canada de « libérer le génie entrepreneurial » en suivant l’exemple d’Israël, et de créer des établissements qui permettent aux meilleurs et aux plus brillants de faire preuve d’innovation, qui sont ouverts au changement et qui inculquent aux jeunes une attitude dynamique.

Le Canada ne doit pas complètement changer de cap pour favoriser la réussite de son système d’innovation. Il lui faut néanmoins rassembler les bonnes personnes, soutenir leurs efforts créatifs, prendre des risques et faire connaître les réalisations en recherche et en innovation à tous les Canadiens.

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Catégorie :  Recherche et innovation

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